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  • 13 janvier 2019

    Modification des articles 6 (Paiement) et 7 (Annulation) du règlement
  • 24-28 septembre 2018

    Reconnaissance du parcours du PBP 2019
  • 13 janvier 2018

    Lancement de la plaquette de présentation du PBP 2019

Témoignage d’un galérien du PBP 99

Ça fait 11 ans que mon PBP est terminé et il reste depuis lors gravé dans ma mémoire. Le temps a épuré les bons souvenirs, comme les moins bons, voir les très mauvais. Loin d’être un témoignage exemplaire, voici la substantifique moelle de mon Paris Brest 99 agrémenté de quelques conseils pour que votre PBP ne se transforme pas en galère comme le mien.
Je pars donc un soir d’août 1999 avec 6500 kms dans les jambes, avec mon frère, compagnon de route idéal pour une randonnée qui s’annonce aventureuse. La fête commence bien, les jambes tournent toutes seules et mon vélo se mêle avec énergie au vrombissement des centaines d’autres partis à l’assaut du saint graal : Brest. La nuit est étoilée, auréolée d’un long ruban rouge qui s’étire à l’infini dans le paysage, une étoile filante vient même nous rendre visite, je fais le vœu de terminer.

Km 110 : le tandem se transforme en tricycle...

Complètement par hasard, mon frère rencontre un copain. Immédiatement, nous lui proposons de rouler à trois, erreur! Le rythme que nous avions avec mon frère éprouvé pendant nos brevets se volatilise, et petit à petit nous accumulons du retard sur l’horaire prévu, ce qui n’empêche pas de garder le moral. Nous paierons cher cette naïveté.

Km614 : Qui veut aller loin ménage sa monture, croyons-nous…
Nous arrivons à Brest avec seulement 1 heure d’avance sur la voiture balais. Jusque là, à part l’horaire, tout se passe à merveille. A la cantine nous croisons une dame qui s’effondre en larme sur son plateau repas… Certes, notre moral reste bon mais les jambes sont déjà bien lourdes et le sommeil de plus en plus présent. Nous n’avons dormi qu’une heure depuis le départ. Nous entamons les 600 prochains kilomètres le cœur léger avec un « on verra bien ». La nuit fut une nouvelle fois… blanche, la troisième et les contrôles s’égrainent sans reprendre d’avance, nous roulons toujours à trois, plutôt joyeusement…

Km858 : Tinténiac, plus la niaque…
Au km 858, le souvenir d’une mauvaise tendinite mal soignée se réveille à mon genou droit. Ce serait, ma foi, banal s’il ne nous restait pas 360 maudits kilomètres à parcourir pour terminer. 60 kms plus tard, j’arrive au contrôle de Fougères dans un état lamentable en boitant le vélo à la main.

Km 912 : mon chemin de croix peut enfin commencer…
Vous connaissez la route à la sortie de Fougères en direction de Vilaine la Juhel? C’est une route bien droite en faux plat, aucune difficulté sauf que là…, mon compteur indique 9 km/h et je suis A FOND! Mon genou me fait mal à chaque tour de pédale et le moral n’y est plus du tout. Ça fait 3 jours que nous n’avons pas dormi, la perspective de passer une quatrième nuit blanche m’effraye totalement et je maudis de ne pas avoir pris assez d’avance pour piquer ne serait-ce qu’un petit roupillon ! Mon frère m’encourage (merci Stéphane) alors que notre compagnon de route improvisé s’impatiente logiquement… 60 kms plus loin, mon vélo dévale la côte de Lassay les Châteaux dans la tiédeur du soir d’été, et bon an mal an, nous avançons petitement et le moral reprend un peu le dessus avant de plonger dans la nuit. Ces 60 kms de vélo furent les plus longs de ma vie.

Km 1000 : Comme des zombies dans la nuit …
Il fait nuit, nous arrivons à Vilaine La Juhel comme des zombies et… en retard sur l’horaire bien sûr. Beaucoup abandonnent. Nous repartons malgré tout avec l’espoir fou d’arriver dans les temps au prochain contrôle sans quoi nous serions éliminés. Je n’ai plus que des brides de souvenirs de cette nuit cauchemardesque, de la nuit noire de cette Suisse Normande aux côtes interminables dans ses forêts impénétrables qui n’en finissent plus. Notre troisième compagnon nous lâche finalement. Vers 3 heures du matin, nous nous arrêtons dans un petit café resté ouvert pour l’occasion. A l’entrée, un australien devenu fou à cause d’une trop longue hypoglycémie braille… Hagards, je m’affale sur une table, je ne comprends plus pourquoi on fait tout ça et je lâche à mon frère « j’arrête, j’abandonne ». Jamais je n’aurais été à ce point éprouvé physiquement. Mon frère me secoue et m’engueule (merci encore frangin), nous repartons piteusement. Nous arriverons au petit matin à Mortagne au Perche avec miraculeusement 15 minutes d’avance sur le dernier métro, nous sommes passés bien près de la fin…

Km 1082 : La nuit nous libèrent
Au petit matin, j’ai toujours mal au genou mais la douleur contre toute attente s’estompe. Mon frère a les tendons d’Achilles enflammés gros comme des oranges ! Je suis inquiet pour lui mais lui ne se plaint pas, c’est un dur à cuire. Le moral progresse au rythme de notre petite avance aux derniers contrôles, nous arriverons tant bien que mal en 89h45, un véritable exploit!

Moralité…
Si j’avais voulu en baver, l’expérience aurait été réussie mais ce n’était pas le but premier... Le PBP est certes une randonnée magnifique mais il est facile de se faire piéger et se mettre dans des états de fatigue extrême. Des regrets ? Oui ! Aller plus vite ! A force de prendre notre temps, nous avons faillit ne pas arriver. Les 350 derniers kilomètres ont laissé des traces.

Conclusion :
Quelques conseils ultra simples : Allez aussi vite que possible pour pouvoir dormir sur la route, prévoyiez un horaire dans ce sens et roulez avec des gens que vous connaissez. Et tout cela on le savait avant de partir… Recommencer ? Je ne sais pas, peut être en 2011 mais autrement, avec un entrainement différent et peut être avec une prothèse à la place du genou …

Bruno Collard (n° 2145)

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